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Assistant Handi Cap Conseil
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Directeur/Directrice de CFA et référent(e) handicap : peut-on vraiment tout tenir ?

Depuis le 1er janvier 2019, chaque centre de formation des apprentis (CFA) a l’obligation légale de nommer un référent handicap. Dans les faits, cette mission est souvent confiée au directeur ou à la directrice du CFA, par défaut ou par pragmatisme. Cette réalité pose une question sérieuse : peut-on piloter un établissement de formation et simultanément exercer, avec rigueur, la mission de référent handicap ? Cet article explore les tensions de ce double rôle, les risques qu’il engendre, notamment en matière de conflit d’intérêts, et les pistes concrètes pour sortir de cette impasse.

1. Ce que dit la loi : une obligation sans précision sur "qui"

Depuis le 1er janvier 2019, chaque CFA en France a l’obligation légale de nommer un référent handicap, en application de la loi pour la Liberté de choisir son avenir professionnel du 5 septembre 2018. Cette obligation est sans équivoque : pas de seuil d’effectif, pas de dérogation possible. Tout CFA, quelle que soit sa taille, doit disposer d’un référent identifié.

Mais la loi s’arrête là. Elle ne précise pas qui doit occuper ce rôle, ni avec quel temps alloué, ni avec quels moyens. Elle n’encadre pas non plus les éventuels cumuls de fonctions.

Cette latitude, pensée comme une souplesse d’organisation, est souvent interprétée de la façon la plus économique possible : on désigne la personne disponible, celle qui semble la mieux placée, ou celle qui occupe déjà une position de responsabilité. Et dans beaucoup de CFA, cette personne, c’est le directeur ou la directrice.

C’est compréhensible. Ce n’est pas pour autant sans conséquences.

2. Le référent handicap en CFA : une mission à part entière

Avant d’interroger le cumul, il faut rappeler l’étendue réelle de la mission du référent handicap en CFA. Elle est souvent sous-estimée.

Le référent handicap en CFA a pour rôle de favoriser l’accès des personnes en situation de handicap aux parcours de formation, de déployer les moyens nécessaires à la réussite de leur apprentissage, et de leur permettre d’accéder à un emploi dans des conditions optimales

Concrètement, cela recouvre plusieurs dimensions distinctes :

  • L’accueil et l’évaluation des besoins

Un entretien avec chaque apprenti concerné doit pouvoir être programmé pour identifier les besoins et aménagements nécessaires, idéalement en amont de la signature du contrat d’apprentissage. Ce travail d’évaluation individuelle prend du temps et demande des compétences relationnelles spécifiques.

  • La compensation du handicap en formation

Le référent handicap en CFA doit être force de proposition pour le développement de l’accessibilité pédagogique des formations dispensées, en repérant les problématiques et axes de progrès. Il doit être en capacité de mobiliser les dispositifs d’appui pour la mise en place de la compensation du handicap en formation. 

  • La coordination des acteurs

Il lui revient de coordonner l’action des différents acteurs susceptibles d’intervenir dans le parcours de formation et d’accès à l’emploi : formateurs, tuteur ou maître d’apprentissage, structures d’accompagnement externe

  • Le lien avec les entreprises

Le référent accompagne les apprentis dans leur recherche d’employeur, informe les maîtres d’apprentissage sur les spécificités du handicap, et facilite l’intégration en entreprise. Ce volet « employabilité » est souvent le plus chronophage et le plus négligé.

  • Les démarches administratives et financières

La demande de majoration du niveau de prise en charge des contrats d’apprentissage pour les apprentis disposant d’une RQTH doit être formulée par le CFA, et c’est au référent handicap d’évaluer les besoins de l’apprenti en lien avec les acteurs compétents. 

Ce périmètre est vaste. Il n’est pas compatible avec un exercice à la marge, entre deux réunions de direction.

3. Le directeur référent : un cumul qui s'installe par défaut

Dans de nombreux CFA, et en particulier dans les structures de taille moyenne ou petite, c’est le directeur ou la directrice qui porte la mission de référent handicap. Pas toujours par choix éclairé, souvent par défaut.

Les raisons sont connues : manque de ressources humaines, absence d’un profil identifié en interne, conviction que la direction est « la mieux placée » pour porter un sujet transversal, ou simplement volonté de respecter l’obligation légale avec les moyens disponibles.

Dans les faits, le référent handicap en CFA est rarement un expert du handicap. Nommé souvent pour des raisons réglementaires ou pour satisfaire aux exigences qualité Qualiopi, sa mission lui apparaît parfois complexe bien que porteuse de sens. 

Ce constat vaut doublement lorsque c’est la direction qui endosse le rôle. À la complexité de la mission s’ajoute une problématique structurelle : le directeur n’est pas seulement un gestionnaire de dossiers. Il est le décideur. Il recrute, il pilote les budgets, il valide les orientations pédagogiques, il représente l’établissement auprès des financeurs et des partenaires. Ce positionnement crée des situations que la simple bonne volonté ne suffit pas à résoudre.

4. Le risque de conflit d'intérêts : quand le décideur est aussi l'accompagnant

C’est le cœur du problème, celui qu’on évite souvent de nommer franchement.

Un référent handicap efficace est, par définition, un tiers de confiance. C’est quelqu’un vers qui les apprentis et les salariés du CFA peuvent se tourner en confiance, y compris pour signaler des difficultés, demander des aménagements, ou alerter sur des situations qui ne fonctionnent pas. Cette confiance repose sur une condition essentielle : la personne à qui on s’adresse ne doit pas être celle qui peut décider de votre avenir dans l’établissement.

Or, lorsque le référent handicap est aussi le directeur du CFA, cette condition n’est plus remplie.

Un apprenti qui rencontre des difficultés d’accessibilité pédagogique va-t-il spontanément en parler à la personne qui a signé son contrat et qui évalue sa progression ? Un formateur qui observe une situation de handicap non prise en compte va-t-il alerter son supérieur hiérarchique direct ? La réponse, dans la grande majorité des cas, est non, ou pas franchement, pas complètement.

Le cumul des rôles crée une asymétrie de pouvoir qui inhibe la parole. Elle n’est pas forcément intentionnelle. Elle n’en est pas moins réelle.

5. Ce que le cumul coûte vraiment à l'établissement et aux apprentis

Au-delà du conflit d’intérêts, le cumul direction / référent handicap a un coût concret souvent invisible, mais bien réel.

Pour les apprentis en situation de handicap. Lorsque le référent est débordé par ses responsabilités de direction, les demandes d’accompagnement passent en second plan. Les évaluations de besoins sont retardées, les aménagements pédagogiques tardent à être mis en place, les signalements de difficultés restent sans suite rapide. Ces délais peuvent avoir des conséquences directes sur le maintien en formation et le taux de réussite aux examens.

Pour le CFA lui-même. Un référent handicap actif et bien formé est un levier pour capter les majorations de prise en charge liées à la RQTH des apprentis, développer des partenariats avec les acteurs spécialisés (Cap Emploi, Agefiph, structures externes), et valoriser l’engagement inclusif de l’établissement auprès des financeurs et dans le cadre de Qualiopi. Un référent structurellement indisponible, c’est autant d’opportunités manquées.

Pour les équipes pédagogiques. Les formateurs ont besoin d’un interlocuteur identifié et disponible sur le sujet du handicap. Quelqu’un qui peut les outiller, répondre à leurs questions en temps réel, les aider à adapter leurs pratiques. Lorsque ce rôle est porté par la direction, les formateurs hésitent souvent à solliciter, par crainte de « déranger » ou de sembler incompétents face à leur responsable hiérarchique.

6. Vers un poste dédié : pourquoi et comment

La solution n’est pas de disqualifier les directeurs de CFA qui portent ce rôle avec sincérité. C’est de créer les conditions pour que la mission soit exercée dans de bonnes conditions structurelles.

Cela passe, dans la majorité des cas, par la séparation des fonctions.

  • Identifier un référent handicap distinct de la direction.

Ce peut être un membre de l’équipe pédagogique, un conseiller en insertion, un chargé de mission déjà sensibilisé au sujet ou, pour les structures qui en ont les moyens, un recrutement spécifique. L’essentiel : cette personne n’est pas en position d’autorité hiérarchique sur les apprentis et les formateurs à qui elle est censée apporter un soutien.

  • Formaliser la mission.

Une fiche de mission explicite, un temps alloué reconnu dans l’organisation du travail, des objectifs clairs. Pas un rôle qu’on case quand on peut mais un poste qui compte dans l’organigramme fonctionnel de l’établissement.

  • Former le référent désigné.

Plusieurs possibilités s’offrent pour préparer le référent à l’exercice de ses missions, notamment une formation spécifique dispensée par l’Agefiph, qui permet d’acquérir les savoirs fondamentaux liés à la fonction : définition des types de handicap et des moyens de compensation, présentation des aides financières et humaines mobilisables, préparation d’une politique handicap et d’un plan d’action. 

  • Positionner le directeur comme sponsor, pas comme opérateur.

Le rôle de la direction n’est pas de disparaître du sujet handicap, au contraire. C’est de le porter politiquement, de lui donner les ressources nécessaires, et de légitimer l’action du référent en interne. Un directeur qui soutient activement son référent handicap est infiniment plus efficace qu’un directeur qui essaie de tout faire lui-même.

  • S’appuyer sur les partenaires externes.

Un CFA ne doit pas travailler seul sur ces sujets. Des ressources externes comme : L’Agefiph, les OPCO, Cap Emploi existent. Mais vous pouvez tout aussi bien décider d’externaliser la mission auprès d’expert du milieu handicap comme Handi CAP Conseil. Ces ressources existent, encore faut-il avoir quelqu’un en interne (ou à l’externe) pour les mobiliser de façon structurée.

7. Vous n'êtes pas seul(e) : mon accompagnement

Que vous soyez directeur ou directrice de CFA en train de porter ce double rôle et que vous cherchiez à en sortir, que vous souhaitiez structurer une véritable mission référent handicap dans votre établissement, ou que vous vouliez simplement mieux comprendre ce que cette fonction implique concrètement : je suis là pour vous aider à y voir plus clair.

Mon accompagnement s’appuie sur une double expertise : une connaissance fine du cadre légal et des politiques d’inclusion professionnelle, et une compréhension concrète de ce que vivent les personnes en situation de handicap dans les parcours de formation et d’emploi. Ce double regard me permet de travailler à la fois sur le fond, ce qui doit changer, et sur la méthode, comment l’embarquer dans votre organisation.

Pour les CFA, je propose notamment :

  • Un diagnostic de votre organisation actuelle : qui porte quoi, avec quels moyens, quels résultats et où se situent les angles morts
  • Un accompagnement à la structuration du poste de référent handicap : fiche de mission, positionnement interne, indicateurs de suivi
  • Des formations pour outiller le référent désigné, les formateurs et les équipes d’encadrement
  • Des interventions de sensibilisation auprès de vos équipes pédagogiques et de vos apprentis
  • Un appui sur les démarches Qualiopi liées à l’accueil et à l’accompagnement des apprenants en situation de handicap

Le handicap en CFA n’est pas un sujet à traiter une fois par an lors de la SEEPH ou à l’occasion d’un audit Qualiopi. C’est un enjeu de fond, qui touche à la réussite des apprentis, à la qualité de vos formations et à la crédibilité de votre engagement inclusif.

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